RETRAITES : UN SIMULATEUR, CA SIMULE !

23.12.19
A peine nous étions – nous remis du départ précipité du Haut – Commissaire aux Retraites, M. Jean Paul DELEVOYE, que nous avons vu arriver dans le débat un élément essentiel, à savoir le
« grand simulateur de la réforme des retraites ».

On allait voir ce qu’on allait voir, et toutes les équivoques et fausses informations seraient bientôt dissipées par la grâce de l’algorithme officiel.

Et on a vu…

Le simulateur fonctionne avec des « cas types ».

C’est d’expérience que je sais que les cas types ont souvent comme particularité de ne pas correspondre à grand-chose dans la réalité mais là je dois dire que cela dépasse ce que l’on pouvait escompter.

Professeur certifié ayant commencé sa carrière à 22 ans et parti à la retraite entre 62 et 67 ans, assistante maternelle exerçant, entre les mêmes bornes d’âge, la même activité ; cadre commençant sa carrière à 1 200 euros par mois pour la finir à 11 000 euros, rien ne nous est épargné !

Un certifié de vingt deux ans, quand l’âge moyen pour réussir le CAPES est de 30 ans et 5 mois ?

le cas type ici évoqué est d’autant moins réaliste que si un candidat au CAPES est reçu à l’âge de 22 ans seulement, il y a fort à parier qu’il ne s’arrêtera pas en si bon chemin et tentera l’agreg’ assez vite, en attendant mieux)

Et que même les élèves des ESPE ne le réussissent, en moyenne, qu’à 25 ans et cinq mois.

Et comme on apprend à compter à l’école, on aura vite constaté que 25 + 42 = 67, le fameux âge d’annulation de la décote, appelé à disparaître avec la réforme Macron Philippe.

Mais il convient de ne pas se réjouir trop vite parce que…

La loi va faire en sorte, a priori, qu’il n’y ait plus que deux âges en référence.

Un, l’âge légal de départ en retraite, pour l’heure fixé à 62 ans et qui pourrait être reculé à raison de l’espérance de vie.

Deux, l’âge d’équilibre (comprendre l’équilibre des comptes sociaux) progressivement porté à 64 ans en 2027 pour ne pas trop dégrader le ratio durée de cotisation/durée de service de la pension.

L’âge d’équilibre, ce n’est rien d’autre qu’une notion tirée de la logique assurantielle qui pointe si nettement sous la réforme…

Et, dans les faits, on l’aura compris, c’est surtout une manière très hypocrite de retarder l’âge effectif de départ en retraite, pour mieux le rapprocher de l’âge de la libération ultime, aux derniers instants de l’existence…

 Il va sans dire que la moindre évaluation tendant à l’accroissement de l’espérance de vie se traduira par une pression au recul de ce fameux âge d’équilibre.

Le rapport Delevoye envisageait même à terme que les « partenaires sociaux », en responsabilité et dans le souci de ne pas nuire à la compétitivité des entreprises, s’accorderaient sur le fait de porter progressivement l’âge d’équilibre ou « âge pivot » à 66 ans et trois mois.

Dans ce cas de figure, le fainéant professionnel désireux de partir quand même à 62 ans tapante se verrait appliquer une décote de dix sept trimestres ou 21,25 % au tarif actuel de la décote…

Déjà que le taux de remplacement (retraite/salaire) va continuer de décroître et de voisiner au mieux les 50 %.

Pour en revenir au simulateur de la réforme, outre le peu de réalisme habitant les exemples retenus, d’autres critiques ont pu voir le jour…

Bien évidemment, je ne suis pas le seul à m’être interrogé sur le processus qui faisait qu’aux âges de 64 et 65 ans, le simulateur laissait transparaître une sensible divergence dans l’évaluation de la pension avec le dispositif actuel, lourd de l’héritage des réformes Balladur, Fillon, Woerth et Touraine, qui préside à notre système de retraites.

La solution de cette interrogation a été fournie par le Gouvernement lui-même.

A savoir que le mode actuel de calcul des pensions a été considéré avec ses modalités actuelles de revalorisation, c’est-à-dire l’indexation sur les prix à la consommation, tout en soulignant que cela n’a pas été le cas tous les ans.

Alors qu’on a appliqué au « régime universel » une indexation sur les salaires, qui fait partie du « package » de la réforme Macron Philippe, a priori plus rapide.

A preuve, les effets de l’érosion monétaire, donc de la hausse des prix, entre 1993 et 2018 qui pèse pour 40 % sur la période.

Tandis que l’évolution faciale des salaires est de 60 %.

Mais bien entendu de moins de 1 % par an inflation déduite…

Sur vingt cinq ans, il y a donc 20 points d’écart.

Imaginez sur 30 ou 37 ans, cas types retenus par le simulateur…

On en profitera pour conclure, provisoirement, que la seule désindexation des retraites et pensions sur les salaires, mesure pivot de la réforme Balladur, a donc coûté aux pensionnés et retraités 20 % du montant de leur pécule, soit entre 65 et 70 Mds d’euros en année pleine aujourd’hui.

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