Clash à l’UMP

UNE DROITE UN PEU…GAUCHE ET CARRÉMENT MALADROITE.

Des irrégularités à Marseille, des listes d’émargement dupliquées à Nice, un bureau de vote trop petit à Neuilly, des invectives et des insultes, des appels téléphoniques imaginés ou imaginaires, une Commission de contrôle dont on ne sait qui fait partie, nous aurions pu croire, hier, que nous étions revenus à l’époque tendue où le Parti socialiste, pour son Congrès de Reims, s’était déchiré entre aubrystes et royalistes…

Sauf que, pour une fois, ce fut du côté droit de l’échiquier politique que le trouble s’est créé.

Il faut croire qu’en ce mois de novembre 2012, soit six mois après l’élection de François Hollande et, donc, normalement cinquante quatre mois avant le premier tour de l’élection présidentielle 2017, il importait d’exercer la Présidence du principal parti d’opposition, à savoir l’Union pour un Mouvement Populaire.

Ne serait ce que pour disposer d’une certaine forme d’avantage sur la ligne de départ du rendez vous de ce moment là…

Deux candidats s’étaient finalement déclarés, après le renoncement de quelques impétrants, présentant les qualités connues d’un ancien Ministre et Premier Ministre responsable de multiples « réformes «  essentielles menées depuis dix ans (retraites, école, transports publics), enraciné dans une Vieille France peureuse et relativement traditionnelle, l’autre étant comme le symbole d’une nouvelle catégorie de parvenus (partis de rien, arrivés à quelque chose, et cherchant à aller plus loin et plus haut), une nouvelle droite dite décomplexée ne reculant pas, notamment, derrière un discours de défense de valeurs inégalitaires.

Caressant dans le sens du poil un certain électorat, ou une militance pour le moins poreuse aux idées d’extrême droite, on se souviendra avoir découvert qu’en plein mois d’août, des gamins pouvaient se faire « piquer » leur pain au chocolat par leurs petits camarades de confession musulmane en plein Ramadan, ce qui dénotait une connaissance assez imparfaite des rythmes scolaires…

Comme d’ailleurs des obligations faites à tout adepte de la religion mahométane, les enfants étant le plus souvent dispensés, dans leur jeune âge, de la stricte observance des commandements du Prophète…

Toujours est il que ces deux excellents candidats, l’un jouissant de la notoriété et de l’autorité d’un ancien gouvernant et l’autre tirant parti de l’appareil de l’organisation, se sont « gentiment » opposés, dans le cadre d’un débat télévisuel qui ne fit pas vraiment recette puis dans celui de la journée de ce dimanche 18 novembre, où, au bout d’un certain temps, les coups fourrés et les invectives ont tenu lieu d’éléments de mesure du rapport des forces.

Les temps sont pourtant à agir de manière réfléchie et raisonnée : l’UMP, en perdant le pouvoir (c’est tout de même sa raison d’être), a aussi perdu quelques moyens, bien au delà de savoir que le locataire de l’Elysée n’est plus son champion déchu qui, en avril dernier, n’aura même pas réussi, lors du premier tour de la présidentielle, à atteindre le score de VGE en 1981 avant sa défaite.

Pour ceux qui l’auraient oublié, Nicolas Sarkozy a en effet été moins performant à l’occasion du scrutin de premier tour à l’issue de son premier mandat que ne le fut VGE en 1981 (pour être battu au second) ou Mitterrand en 1988 (pour être réélu).

L’Elysée perdu, moult députés sans siège, dix millions d’argent public en moins dans la caisse, l’UMP, s’il s’agissait d’une entreprise, serait assez proche du dépôt de bilan.

En 2010, dernière année connue pour l’heure, l’UMP faisait face à 45,36 millions d’euros de charges avec un peu moins de 50 millions de recettes.
Ce qui n’empêchait pas que le parti présentât un actif négatif, ses dettes étant largement supérieures à ses biens.

En 2010, les fonds propres de l’UMP étaient négatifs de 3,7 millions, les provisions constituées d’1,6 million environ et les dettes de plus de 37 millions d’euros.

Les 10 millions de financement public perdus, le plan social en cours pour le millier de collaborateurs ministériels, élyséens et parlementaires de moins, cela pose bien des problèmes et peut nourrir bien des rancoeurs.

Question posée : quelle image la bataille de chiffonniers qui anime les partisans des deux challengers peut laisser dans l’esprit des électeurs et électrices ?

Celle d’une « lutte des places » qui prime d’un coup sur les valeurs, l’éthique, le sens même de l’engagement ?

Ou celle d’un parti politique qui va sans doute devoir apprendre la patience.

Etre au pouvoir pendant dix ans et en être privé est sans doute difficile, mais, n’oublions pas, cinquante quatre mois encore…

Le désert et la jungle

Étrange cohabitation de l’actualité ces temps ci…

Un fait divers, qui aurait pu être tout à fait ordinaire, a fait perdre à  une jeune femme enceinte l’enfant qu’elle portait, faute d’avoir eu une maternité équipée à distance raisonnable de son domicile.

L’affaire de Lacapelle Marival, appelons là ainsi, nous révèle que des années de mutations sociales et démographiques de notre pays ont développé ce que les spécialistes de la question appellent désormais « les déserts médicaux », ces parties de plus en plus étendues du territoire français où la présence de médecins généralistes procède parfois de l’exception, où celle de spécialistes  est parfaitement inconcevable et où les équipements hospitaliers ont été fermés, au nom d’un regroupement de moyens permettant de limiter les risques encourus dans des établissements qui n’auraient plus « l’habitude » ni les effectifs de praticiens pour mener à bien tous les actes médicaux.

Nous avons désormais, en France, plusieurs départements ruraux où il ne reste plus qu’un seul hôpital (en général situé dans la ville Préfecture) disposant d’une maternité, à croire que les autres établissements qui demeurent n’ont vocation qu’à transformer leurs  lits disponibles en « salle d’attente » du grand voyage de personnes âgées toujours plus dépendantes.

Et ce phénomène se double d’ailleurs, dans nombre de quartiers de  nos villes de banlieues, d’une nouvelle forme de désertification médicale qui voit partir des lieux la plus grande partie des médecins spécialistes et fermer les centres de santé d’origine associative ou philanthropique, créant une nouvelle fracture entre les habitants de ces quartiers et ceux de secteurs plus favorisés où pousse la jungle luxuriante des spécialistes à honoraires déconventionnés, tous plus attentifs à capter une clientèle en apparence plus fortunée et plus disponible pour une consommation  médicale plus importante encore…

Il faut, dans nombre de villes de banlieue parisienne, plusieurs semaines, si ce n’est de mois, pour pouvoir consulter un dentiste ou un ophtalmologue, à croire que les banlieusards ont des mâchoires en béton et l’oeil de l’aigle ou du tigre…

(Étrange, parce que, dans le même temps, s’y implantent de plus en plus des magasins de vente de lunettes à bas prix).

Et il y a des quartiers très bourgeois de Paris où nous avons profusion de kinésithérapeutes, de médecins généralistes, d’ophtalmologues, de psychologues, de psychothérapeutes, d’infirmières libérales, à tel point que l’ensemble de ces spécialistes, au besoin, peut pratiquement vous recevoir dans la journée, pour peu que vous vous y preniez de manière suffisamment ordonnée…

Bien sûr, on pourrait toujours se demander pourquoi il y a moins, dans le 6e arrondissement de Paris, de gynécologues que de masseurs kinésithérapeutes, d’ophtalmologues ou de psychologues  (les habitants du quartiers seraient ils plus souvent atteints par le mal de dos, la myopie et les problèmes existentiels que par les joies de la grossesse ? ), mais le fait est qu’il y a de quoi faire avec l’ensemble des professionnels de santé présents.

Ah oui, bien entendu, dans cette jungle luxuriante de cabinets médicaux, de salles d’attente, remplie de revues d’art et de journaux people, il reste un petit détail : il faut s’entendre sur le prix.

Parce qu’évidemment, moins de dix jours après le drame du Lot, les médecins croisaient le fer avec le Ministère de la Santé pour faire admettre que moins de 70 euros pour une consultation n’avait  rien d’un prix excessif pour la clientèle.

Je ne suis pas certain qu’une consultation médicale plus chère que la journée d’un smicard ne soit autre chose qu’une illustration crue et inadmissible d’une loi de la jungle qui prime aujourd’hui sur le droit à la santé.