TROUBLES DANS LES ANDINS

(première partie)

Il arrive de temps à autre que l’Histoire repasse les plats et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette maxime trouve pleinement à s’appliquer en Amérique Latine ces temps derniers.

 Après la stupeur née de l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil et un été marqué par les spectaculaires incendies ravageant l’Amazonie, plusieurs pays du subcontinent ont été concernés par des processus électoraux plus ou moins réussis.

Le premier de ces processus a été pour le moins bousculé.

Il s’agit de l’Equateur où le Président élu en 2017, Lenin Boltaire Moreno Garces, ex Vice Président de Rafael Correa Delgado, tournant le dos à la ligne politique « progressiste » sur laquelle il avait été élu , a provoqué des émeutes et des protestations diverses.

Il a du, sous la pression populaire, fermer son agenda de réformes et son avenir politique est limité, puisqu’il est désormais largement devancé dans les sondages d’opinion par son prédécesseur et l’un des leaders du centre droit, l’ancien Président Jaime Nebot Saadi (un pur produit de l’immigration syro libanaise en Amérique Latine apparemment).

Elections aussi en Argentine, avec la question clé.A savoir soit la réélection de Mauricio Macri, sortant de droite, homme d’affaires multimillionnaire, soit le retour au pouvoir du « kirchnérisme » incarné par le ticket Fernandez – Fernandez, c’est-à-dire la candidature d’Alberto Fernandez et de Cristina Fernandez de Kirchner, veuve de Nestor Kirchner.

 Autant le dire de suite, après l’organisation d’une première élection « primaire », cela ne sentait pas très bon pour la reconduction de Mauricio Macri, largement devancé alors par le ticket péroniste de gauche précité, organisé dans le Frente de Todos (ex FPV).

Les règles constitutionnelles argentines offrent aux candidats plusieurs possibilités pour se faire élire à la Casa Rosada, siège de la Présidence argentine.

 Premier cas de figure : le candidat ou la candidate obtient plus de 50 % des voix et est élu(e) sans contestation possible.Deuxième cas de figure : il dépasse les 45 % des votes et l’affaire est considérée comme conclue.

Troisième cas de figure : il dépasse les 40 % et devance son plus proche adversaire d’au moins 10 % (nous verrons que cela existe aussi ailleurs).

 A l’occasion du scrutin, Alberto Fernandez a obtenu un large soutien populaire en recueillant en effet 12 945 990 suffrages, soit 48,24 % des voix.

 Plus que les 10 811 345 votes exprimés en faveur du ticket de droite constitué par Mauricio Macri et son vice Président Miguel Angel Picchetto, soit 40,28 %.

La défaite du sortant fut consacrée par le vote des régions du Sud argentin (Patagonie entre autres), celles situées au Nord, en frontière du Brésil, de l’Uruguay et du Paraguay et, in fine, par le vote majoritairement péroniste de la province de Buenos Aires.

Dans cette province, de loin la plus peuplée du pays (près de 10,4 millions de votants sur 27,5 millions), le ticket péroniste a obtenu près de 5,3 millions de voix, contre seulement 3,6 millions pour Macri – Picchetto.

Un ticket présidentiel qui est cependant resté en tête sur la ville de Buenos Aires avec 1,07 million de voix contre 720 000 environ pour Fernandez y Fernandez.

Toutefois, les quartiers les plus populaires de la capitale comme La Boca ont voté Frente de Todos.

Macri l’a emporté dans les provinces courant de la chaîne andine à Buenos Aires (Cordoba, Mendoza, Santa Fe, San Luis, Entre Rios) avec des majorités parfois courtes.

Elle fut ainsi de 10 300 voix sur la province de San Luis (près de 315 000 votants), 17 400 dans celle de Santa Fe (2,2 millions de votants) et de 908 suffrages dans la province d’Entre Rios (près de 900 000 votants).

Loin des écarts creusés par la candidature de gauche en bien des endroits.

Ainsi, dans la province sudiste du Rio Negro, où était élu sénateur le Vice Président du ticket de droite, la liste péroniste a recueilli 57,2 % des voix contre seulement 28,6 % pour ce ticket.

Et un net écart de 124 000 voix sur un peu plus de 450 000 votants.

La forte polarisation du scrutin a laissé peu de place au troisième de l’élection, l’ancien Ministre de l’Economie Roberto Lavagna, dont le message centriste n’a séduit que 1,65 million d’électeurs, ou encore au candidat arrivé quatrième, le trotskiste Nicolas del Cano (580 000 voix).

Les choses sont moins simples pour la Chambre des Députés qui comptera 119 députés de tendance Macri pour 117 élus rassemblés autour de Fernandez y Fernandez.

Les élus de quelques partis régionalistes permettent de faire la maille pour disposer d’une faible majorité.

Enfin, au Sénat, avec 13 élus, le ticket kirchnériste a emporté les élections.

La composition de l’Assemblée concernée, plus variée encore que la Chambre des députés, laisse une place aux compromis variables.

Enfin, même si nous sommes un peu plus loin des Andes, un retour sur le premier tour de l’élection présidentielle en Uruguay.

Ce petit pays, l’un des plus avancés du continent (l’avortement y est autorisé), est dirigé depuis 2004 par une coalition de gauche, le Frente Amplio (Front Large), alliance allant du Parti communiste à l’Alliance progressiste en passant par le Parti socialiste et le Mouvement de participation populaire, traduction politique de l’ancien Mouvement des Tupamaros.

 Tabaré Vasquez, candidat du Front en 2004, fut élu avec un peu plus de 51,7 % des voix au premier tour, le Front Large obtenant de plus 17 élus sur 30 au Sénat et 51 députés sur 99 à la Chambre des représentants.

Un succès conforté par les 62,7 % obtenus à Montevideo (27 des 42 députés de la capitale furent acquis au Front Large).

En 2009, l’ancien militant des Tupamaros José Mujica était élu à son tour, en recueillant 49,6 % au premier tour et 54,8 % au second face au candidat de l’historique Parti national (les « blancs »), formation de droite de bon aloi.

Le scrutin de 2014 fut marqué par le retour de Tabaré Vasquez, réélu avec 56,6 % des votes face à Lacalle, de nouveau candidat du Parti national.

Cette année, le candidat du Front, Daniel Martinez, a réuni 949 376 voix (39 %), soit un score sensiblement en baisse sur le premier tour de 2014.

Au Congrès, le Front a perdu deux sénateurs et huit députés, ne disposant plus que de majorités relatives dans l’une et l’autre des Assemblées.

 Luis Lacalle, candidat du Parti national, a rassemblé 696 452 électeurs et s’est donc qualifié pour le second tour, même si son parti s’est un peu affaibli, perdant deux députés à la Chambre.

Performance moyenne du candidat du Parti colorado, formation historique de centre droit de la vie politique locale, avec 300 177 voix (12,34 %) et une représentation parlementaire stable.

Percée relative, par contre, de la candidature de l’ex général Guido Manini, pourvu de 268 736 voix (plus de 11 %), son parti, Cabildo Abierto, obtenant trois sénateurs et onze députés.

Ces trois candidats se sont mis d’accord pour soutenir Lacalle au second tour, laissant celui-ci particulièrement incertain.

En effet, une partie de l’électorat colorado, notamment le courant battliste (du nom d’un ancien Président), se sent plus proche du Frente Amplio que du Parti national. 

Réponse le 24 novembre.

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