UN BALLON D’OR QUI NE TOURNE PAS TRES ROND…

L’aventure des ressortissants de l’archipel demeuré colonie britannique s’est arrêtée là, et plus précisément dix minutes avant la fin du match aller, lorsqu’un des attaquants de la Dominique a marqué le but de la victoire pour son équipe.

Une équipe de la Dominique dont l’aventure n’a guère duré plus longtemps que celle des Iles Cayman, battue elle aussi au premier tour par une autre sélection, celle du Belize.

La Dominique fut battue au deuxième tour sur deux matchs par une équipe du Canada réaliste, marquant six buts sans en rendre un seul.

Vous l’aurez compris, les paradis fiscaux ou supposés tels n’ont pas de représentants sportifs nécessairement performants (à part quelques athlètes caribéens) mais il semble qu’ils soient tout de même pas loin du titre de Champion du Monde pour ce qui est de la fiscalité…

C’est le paradoxe des paradis fiscaux : pays insignifiants, dont la population n’est guère plus riche, en général, que celle des pays voisins, ils véhiculent une réputation allant très au delà, transformant l’immeuble le plus banal en lieu de résidence quasi surréaliste d’une foule de sièges sociaux d’entreprises fantômes.

Les entreprises sont fantômes mais les mouvements financiers sont conséquents, totalement déconnectés de la vie économique locale qui compte en général son quota de privés d’emploi…

Ce que viennent aussi de révéler les enquêtes journalistiques les plus récentes, c’est que ces paradis fiscaux attirent les sommes d’argent pour le moins importantes qui échouent entre les mains de ceux qui ont en général beaucoup de talent entre les pieds.

C’est qu’il est loin le temps des footballeurs ouvriers, si l’on peut dire, de ces gamins de la rue qui devenaient les héros des prolos de leur ville quelque part en Allemagne, en Angleterre, aux Pays Bas et même en France.

Le football a d’autant plus changé que le montant des enjeux financiers qui l’entourent s’est élevé à mesure, si l’on peut dire, que le nombre des buts marqués dans nombre de compétitions était orienté à la baisse.

Je viens d’une époque qui a connu le football total version Ajax Amsterdam, cette équipe de jeunes gens chevelus issus des milieux populaires de la ville hollandaise, au club porté par la générosité de ses donateurs issus de la communauté juive.

Ajax, c’est ce club qui, en trois ans, va gagner dix huit rencontres sur vingt quatre en Coupe d’Europe des Clubs Champions, marquant quarante six fois pour ne prendre que douze buts.

Puis il y eut, en France, l’épopée des Verts de Saint Etienne, commencée sur le terrain de Geoffroy Guichard, un soir de novembre 1974, quand le club forézien élimina, à l’issue d’une prolongation épique, les Yougoslaves du Hajduk Split, par 5 buts à 1, après avoir perdu le match aller 1 – 4.

L’engouement pour le football, matérialisé par la Coupe du Monde 1978 et les amorces du commerce des produits dérivés (ah ! Les perruques vertes des supporters de l’AS Saint Etienne) s’est accru encore, par la suite, dans le sillage des courses de Michel Platini, la trajectoire de ses coups francs magiques et la tragédie inoubliable d’un soir d’été à Séville et une demi finale de Coupe du Monde entre France et Allemagne Fédérale conclue par une renversante série de tirs au but.

D’aucuns discutent encore, faut il le rappeler, de savoir si l’arbitre n’aurait pas du sortir un carton rouge à l’endroit du gardien de but allemand Schumacher qui commit sur l’arrière français Battiston, lancé vers son but, l’une des plus grossières agressions de l’histoire du football.

Moins se souviennent de la rapidité avec laquelle les Anglais nous avaient planté un but lors du premier match ou de la résistance version Fort Alamo ou Fort Chabrol que nous opposâmes aux Tchèques à la fin du dernier match qualificatif du groupe…

Et pour le coup, je me souviens encore d’avoir vu Giresse, petit lutin à la brillante technique venu de Bordeaux (il a passé la majeure partie de sa carrière sur la pelouse du Parc Lescure), marquer un but de la tête face aux Irlandais du Nord…

Reconnaissons le : j’ai découvert quelque intérêt pour la balle ronde avec la Coupe du Monde de 1970 au Mexique et les exploits d’un Pelé au sommet de son art.

Et notamment de deux gestes.

Je n’ai pas vu le fameux match entre le Brésil et l’Uruguay, où Pelé laissa passer le ballon pour « feinter » le goal de la Céleste, Ladislao Mazurkiewicz.

Par contre, je me rappelle d’avoir vu Pelé devancer, en première mi temps de la finale, le solide défenseur italien Tarcisio Burgnich, nettement plus grand que lui, pour ouvrir la marque d’un coup de tête bien placé.

Et je me délecte toujours de la « passe en aveugle » réalisée à la fin du match en direction de l’arrière latéral Carlos Alberto, monté pour placer une de ces frappes de mule qui clôtura le score, en inscrivant le quatrième but du Brésil.

Le montant des droits télé de la Coupe du Monde suivante, organisée en 1974 en Allemagne (avec un jeu plus défensif de manière générale, malgré la présence des Pays Bas et de la Pologne, au style porté vers l’offensive) se situait à 18 millions de DM (environ 9 millions d’euros, si l’on avait du traduire) pour l’ensemble de la clientèle des réseaux audiovisuels de la planète.

Pour la seule diffusion en France des matchs de la Coupe du Monde 2014, la principale chaîne de télévision française a dépensé alors 130 millions d’euros…

Cette inflation permanente des budgets de compétition sportive va de pair avec l’inflation qui a frappé la rémunération des joueurs, celle ci atteignant des sommets inégalés.

Platini a été embauché en 1982 par la Juventus de Turin pour un montant de 300 000 euros annuels en équivalent actuel.

Ce que gagne aujourd’hui en moins d’une semaine un joueur comme Paul Pogba, loin d’être dénué de qualités mais dont on peut tout se demander si elles justifient de gagner soixante fois ce que gagnait Platini en son temps.

Et les recettes des clubs sont de moins en moins liées, faut il le souligner, à la constitution d’un public fidèle de supporters, mais de plus en plus à la répartition de la céleste manne des droits audiovisuels distribués notamment pour la Ligue des Champions.

Le processus, sur un plan sportif, est redoutable.

Il draine les meilleurs joueurs vers les clubs disposant de la surface financière la plus étendue et crée, de fait, des inégalités entre clubs de pays différents et à l’intérieur des compétitions d’un pays donné.

Si l’on prend, par exemple, les vingt dernières années du football espagnol, et qu’on compte le nombre de clubs victorieux du Championnat ou de la Coupe du Roi, on se retrouve avec dix titres de champion et six Coupes pour le « Barça », six titres de champion et deux Coupes pour le Real Madrid et un titre de Champion et une Coupe pour l’Atletico Madrid, soit vingt six titres sur quarante pour les trois clubs vedettes du foot local.

En Allemagne, la tendance est la même avec treize titres de champion et dix Coupes pour le Bayern Munich sur les vingt dernières années, concurrencé par Borussia Dortmund (trois titres de champion, une Coupe).

Au Portugal, la captation des talents par les deux grands de la Capitale (Sporting et Benfica) et le grand club du Nord (Porto) a de longue date favorisé la mainmise de ces formations sur le football local.

Mais le résultat est impressionnant : depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le titre de champion n’a échappé aux trois grands qu’à deux reprises, Benfica remportant le Championnat à trente reprises, le Sporting seize fois et Porto vingt quatre fois depuis 1945 !

Mais le processus affecte aussi la compétition européenne de clubs référence, à savoir la Ligue des Champions.

On sait que la compétition vedette des soirées d’automne et de printemps sur les stades et dans les appareils de télévision européens connût, lors de ses premières années, l’écrasante domination du Real Madrid.

Les joueurs de la »Maison Blanche » ont ainsi remporté toutes les Coupes de 1956 à 1960, soit cinq titres consécutifs.

L’épreuve n’était toutefois pas encore tout à fait fixée et les clubs britanniques ont méprisé les premières éditions.

Toujours est il que, depuis quelques années, quatre pays disposent de la plus forte représentation en Ligue des Champions, à savoir l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et l’Angleterre.

Depuis 2004 et le sacre du FC Porto contre l’AS Monaco, aucune équipe issue d’un autre pays n’a réussi à parvenir en finale.

Sur les vingt quatre tickets de finaliste distribués depuis lors, huit ont échu à des clubs espagnols (en l’espèce, les trois historiques Barça, Real et Atletico), huit à des clubs anglais (Chelsea, Liverpool, Arsenal, Manchester United), quatre à des clubs italiens (les deux Milan, Juventus) et quatre à des clubs allemands (Bayern, Dortmund et Leverkusen).

Si on descend au niveau des demi finales, la situation est presque la même puisque les quatre pays cités ont ajouté vingt deux places de demi finaliste aux vingt quatre de finaliste.

Seuls le PSV Eindhoven, club porté par la multinationale Philips et l’Olympique Lyonnais ont réussi, chacun à une reprise, à se glisser dans le dernier carré .

Cette évolution du football européen est incontestablement liée à l’argent qui tourne autour de certains clubs, quelque soit sa source.

Au demeurant, on aura remarqué qu’il suffit qu’un homme d’affaires, parfois douteux, se préoccupe du devenir d’un club dans un pays de l’Est européen pour que celui ci prenne quelque place dans la hiérarchie sportive.

Dans les pays de l’Est, où les équipes de club engagées dans les Coupes d’Europe dépendaient jadis de l’armée, de la police, des syndicats ou de quelques grandes entreprises, nous avons vu arriver les formations soutenues par les oligarques et, plus rarement, les autorités politiques.

Le nom des clubs a d’ailleurs parfois évolué, le club de l’armée tchèque Dukla Praha étant par exemple devenu le FK Pribram, mais nous avons toujours quelques Dinamo ou Dynamo (en général clubs de la police, jadis), un Sparta Prague ou un Spartak Moscou, la différence venant de l’argent investi derrière.

Et le Lokomotive Leizpig, en RDA, a laissé la place au RasenBallsport Leipzig, dont les initiales RB rappellent celles de leur financeur quasi exclusif, une célèbre boisson tonifiante dont le siège social se situe en Autriche, et qui a déjà des expériences dans le même sport ou la course automobile.

Pour faire bonne mesure, le RB a repris le stade de l’ancien Lokomotive, le Zentralstadion, ancienne grande enceinte du sport est allemand…

Pour en revenir au sujet de départ, observons donc ce processus de monopolisation à l’oeuvre qui va finir par détacher le public d’un sport pourtant très populaire de par la planète.

Et qui tend à déteindre sur les autres pratiques passées peu à peu au professionnalisme.

Il est temps que le jeu l’emporte à nouveau sur l’enjeu.

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.